Non, l’école française ne garantit pas l’égalité des chances

Publicada en Publicada en Ecole, Sarah Juanole, Société

Voilà qui risque de titiller le ministère de l’Education. La Cour des comptes publie un rapport ce mercredi sur le système éducatif français, alignant les mauvais points: résultats très moyens des petits Français par rapport à nos voisins, forte inégalité des chances, et de multiples incohérences dans la répartition des budgets alloués. Revue en détail des principales critiques et recommandations formulées par la Cour des comptes.

Les résultats très moyens des petits Français

Si l’on compare avec les autres pays développés, la France est dans la moyenne (un peu en dessous) des 30 pays de l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques. Au 17e rang pour les maths et la compréhension de l’écrit. Et à la 19e place pour les sciences.

Plus alarmant, la proportion d’élèves qui sortent du système scolaire avec de sérieuses difficultés de lecture progresse depuis 2000 et atteint aujourd’hui 21%. L’écart se creuse entre les meilleurs élèves et les plus en difficulté, ce qui explique en partie les résultats moyens à l’échelle internationale.

Et pourtant plus d’heures de cours

La France se situe dans les premiers rangs de l’OCDE pour le total des heures d’enseignement suivies par les élèves, à tous les stade de la scolarité obligatoire. En pratique, un élève français suit 12% d’heures de cours en plus sur toute sa scolarité par rapport à la moyenne de l’OCDE.

Au primaire, 914 heures d’enseignement étaient assurés en 2007 contre 794 en moyenne dans l’Union européenne… Alors même que c’est à ce niveau que se constitue l’échec scolaire.

Fortes inégalités face à la réussite scolaire

La France est un des pays où les destins scolaires sont le plus fortement corrélés aux origines sociales. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: «78,4% des élèves provenant de catégories sociales favorisées obtiennent un baccalauréat général, contre seulement 18% des élèves d’origine sociale défavorisée.»

Combien coûte l’enseignement scolaire en France ?

L’enseignement scolaire public coûte 53 milliards par an pour 10 millions d’élèves, soit environ 3,9% du PIB. Mais le ministère de l’Education ne sait pas dire dans le détail le coût des politiques éducatives et des établissements d’enseignement. La répartition des moyens se fait essentiellement en fonction des prévisions d’effectifs… Et pas forcément des objectifs fixés! Ainsi, recommande la Cour, il serait de bon ton d’«accroître la part des financements allouée à l’école primaire, en privilégiant le traitement de la difficulté scolaire». Autre proposition: «Faire déterminer par les équipes pédagogiques (responsables d’établissements et enseignants) les modalités de répartition des moyens d’enseignement.»

Au delà de la répartition des moyens, la Cour pointe aussi un autre problème: le coût de l’éparpillement de l’offre de formation. Autrement dit, la multiplication des options facultatives coûte cher, et ne touche qu’un nombre limité d’élèves qui ne sont pas forcément ceux qui en ont le plus besoin. Le rapport préconise donc de faire le ménage, en donnant «plus de moyens aux établissements confrontés à la plus grande difficulté scolaire.»

Le rythme scolaire remis en question

Alors que le ministre de l’Education, Luc Chatel, entend ouvrir en juin «une conférence nationale» sur les rythmes scolaires, la Cour des comptes apporte son grain de sel.

Avec la semaine de quatre jours, les petits Français ont les journées les plus chargées du continent… Et dans le même temps, ils ont le nombre de jours d’école le plus faible en Europe avec 144 jours de classe. D’où cette proposition de «redéfinir l’organisation du temps scolaire dans le premier degré dans un sens conforme à l’intérêt des élèves, notamment en prévoyant la mise en place sur l’année scolaire de plages horaires variables de soutien et d’accompagnement.»

L’orientation : à améliorer

Le rapport dénonce «une orientation souvent faite par l’échec». Et qui reflète trop souvent les origines sociales. «Ainsi, les enfants d’ouvriers qualifiés ont sept fois plus de probabilités que les enfants de cadres supérieurs d’effectuer tout leur deuxième cycle dans l’enseignement professionnel», lit-on dans le rapport.

Le redoublement, une spécificité française

Le taux de redoublement en France est le plus élevé des pays développés. Selon une enquête menée en 2003, 40% des élèves de 15 ans étaient en retard dans leur scolarité. Problème: Le redoublement coûte cher (deux milliards d’euros par an) et paraît inefficace. Il ne permet pas de rattraper les retards en matière d’acquisition de connaissances ou de compétences. Le redoublement est également révélateur d’une inégalité sociale marquée: «les enfants de personnes sans activité sont beaucoup plus souvent en retard à l’école primaire (34,1%) que les enfants de cadres (4,4%).»

La Cour des comptes appelle à «déterminer par établissement des objectifs de baisse des taux de redoublement en fonction des situations locales.» Les moyens économisés pourraient ainsi être affectés au financement d’actions d’accompagnement personnalisé… Une fois qu’elles auront été sérieusement évaluées.

Source: Libération, le 12 mai 2010

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