Mondovino, de Jonathan Nossiter

                                Bande-annonce Mondovino                                          

La guerre du vin n’aura pas lieu

Le succès de Mondovino est une vraie surprise. Habitué à une diffusion proche de l’underground, Jonathan Nossiter en en train de se forger une solide réputation avec un genre, le documentaire, peu prisé du public. Le tout servi par une image numérique dont les mouvements peuvent donner rapidement le tournis.

Mondovino n’est pas né sans mal. Il a fallu trois ans au réalisateur pour accoucher de ses images. Certains n’y ont pas survécu : « mon agent au bout de 18 mois m’a plaqué en me disant : ’tu es en train de foutre en l’air ta carrière avec ce petit film merdique sur le vin’ ». Voilà un manque certain de perspicacité ! Non content d’une sélection officielle au dernier Festival de Cannes, le film rencontre un véritable écho auprès du public. Comment expliquer cet engouement pour un documentaire sur le vin dans le monde ? Peut-être par la passion viticole qui habite Nossiter. Sommelier de formation, il a réalisé la carte de plusieurs restaurants branchés de New-York.

Son éducation n’est pas indifférente à son intérêt pour les passerelles culturelles. Américain élevé aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe et en Inde, Nossiter est un peu un produit de la mondialisation. C’est peut-être son multiculturalisme qui lui a permis d’être l’assistant d’Adrian Lyne sur Liaison fatale et d’arpenter les rues d’Athènes pour le tournage de Signs and wonders.

Ce qui frappe dans son cinéma, c’est la rudesse technique dont il fait preuve : il utilisait déjà le DV, le numérique dans Signs and wonders, son second film de fiction (2000) : « j’ai travaillé en numérique pour essayer de casser un peu cette idée dominante d’image surfaite » (L’humanité, en 2004, à Mickael Melinard). Pas étonnant que l’on ait comparé Nossiter à Bunuel après la sortie sur les écrans de Sunday en 1997 !

Mais, le coeur de ses films, ce sont les personnages : “je me [sens] très rapidement en complicité avec les personnages de [mes] films” (à Hors Champ, en 2000.) Plus qu’une enquête sur l’état du vin dans le monde, le réalisateur nous livre des portraits où l’humour le dispute parfois au pastiche : Hubert de Montille emporte notre sympathie tandis que Michel Rolland devient une caricature un peu diabolique. Méchanceté gratuite du réalisateur ? Non, plus une manière de filmer proche de ce que La Bruyère a fait dans ces Caractères.

Sur le fond de l’argumentation, Mondovino est un film décevant : en opposant les bons et les méchants, on ne sort pas de la caricature. Certes, il se créé un goût « mondial » du vin, mais est-ce embêtant ? S’est-on demandé s’il s’était créé au 18e siècle un goût « mondial » du café, ce qui deux siècles plus tard, n’a pas de sens, car cette boisson est consommée différemment selon les cultures : long dans les pays du Nord, il est « serré » dans les pays de la Méditerranée pourtant envahis par des touristes dont l’usage de la machine à café multiplie les types de prise. Pour le vin, il semble bien qu’on s’achemine vers un goût du vin qui corresponde aux palais plus sucrés des jeunes générations mais sans pour autant compromettre le talent ni la volonté de faire, en dehors du commerce de masse, du vin qui étonne, qui surprenne et qui enchante.

Ce que montre bien Mondovino, ce sont plutôt deux cultures qui s’opposent : celle des marchands, du Bordelais qui ont toujours eu à cœur de satisfaire une clientèle tout comme les Toscans (les Frescolbaldi du film) sont des marchands soucieux de leurs rentes ; et une autre culture, plus rurale, plus frondeuse, celle de petits propriétaires qui savent ce qu’ils font, qui témoignent d’une culture qu’ils ont reçu de leurs ancêtres et qui ne sont pas prêts à se plier aux diktats d’un Américain qui les note dans son guide.

Il y a quelque années, Sylvie Groulx interrogeait Jonathan Nossiter dans son documentaire sur l’avenir du cinéma, A l’ombre d’Hollywood : à travers les témoignages de réalisateurs comme Tavernier ou Arthur Penn, elle se demandait quel futur attendait le cinéma, de plus en plus pris dans une logique de rentabilité. Nul doute que Nossiter s’en est rappelé au moment de commencer Mondovino. Discrètement, il y a du militantisme dans ce film.

Critique : Nicolas Bauche (univ. Paris-X), Gilles Fumey (univ. Paris-IV)

Source : http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=396

Lien : http://www.mondovinofilm.com/

Deja un comentario