La loi anti-tabac peut nuire à votre bar de quartier

Publicada en Publicada en Amal Moufdy, Culture

La loi anti-tabac est entrée en vigueur le 1° janvier dans les 430 cafés, restaurants, hôtels et discothèques de Toulouse.

Il est trop tôt pour établir un bilan économique de sa mise en place, il est cependant déjà possible de voir les effets pratiques produits.

Chiffres d’affaires quasiment inchangés place Saint-Pierre ou place du Capitole. Moins 20% en moyenne dans les petites rues d’Arnaud Bernard… Enquête sur les comptoirs désemfumés.*

Il est toujours aussi difficile de trouver une table libre à la terrasse du Florida ou au soleil de la place Wilson : les bars du centre ville n’ont pas désempli.
Par rapport à janvier 2007, les chiffres d’affaires de ces différents cafés n’ont guère évolué à la baisse que de 10%, dans le pire des cas.

Une situation qu’il est possible d’attribuer à deux facteurs: l’emplacement et l’équipement. «Nous sommes au Capitole, les clients seront toujours là, s’exclame la patronne du café Albert. Et puis, nous avons une terrasse, je pense que cela nous aide». Une chose est sûre: la clientèle de passage qui anime ces lieux assure à ces grandes enseignes la continuité du service.

«Le monde est toujours là, nous sommes sur une place stratégique de la ville», raconte un des serveurs du Cardinal sur la place Wilson. Sur le plan économique, pas ou peu de changement donc.

En revanche, ce sont les habitudes des consommateurs qui évoluent. Ainsi sur la place Saint Pierre, une nouvelle clientèle a fait son apparition. Celle des familles et de leurs jeunes enfants. «Je n’avais jamais vu de poussettes dans mon bar, remarque un des serveurs du Bar Basque. J’ai redécouvert le sirop à l’eau et le jus de fruits en plein après-midi».

Autre évolution: les gens fument un peu moins. «La loi n’est pas un problème, explique un jeune habitué du lieu. Ou bien on va dehors s’allumer une clope, ou bien on fume moins». Moins de cigarettes consommées, c’est bien ce que constate une des serveuses de La Couleur de la culotte, un des bars de la place. «Avant janvier, on écoulait près de trois, voir quatre cartouches par semaine. Maintenant, nous n’en vendons plus qu’une ou deux», explique-t-elle. Et qui dit moins de cigarettes consumées dit aussi moins de café consommé.

Fernand de Palma, le directeur de Gérico Midi-Pyrénées, une entreprise d’agro alimentaire qui fournit une centaine de bars en café à Toulouse, constate une baisse de ses ventes de 20%. Finis les multiples cafés-clopes du matin. Sans cigarette, le petit noir aurait moins de saveur.

Au Dauphin, un bistrot du Boulevard de Strasbourg, le patron a déjà dans l’idée de développer les glaces et les cocktails afin d’attirer une nouvelle clientèle : «Les gens qui travaillent dans les bureaux d’en face et qui venaient savourer leurs trois expressos avec la cigarette au bec le matin, je ne les vois plus», affirme-t-il.

Le coup est beaucoup plus dur pour les petits bars de quartiers.

Dans ces établissements, les patrons comptent essentiellement sur une clientèle d’habitués pour faire marcher leur commerce. Or, depuis le 1° janvier, ceux-là se font plus discrets et ne s’attardent plus.

Romain, le patron du Txus, un bar du soir du quartier Arnaud Bernard, constate qu’il a perdu près de 20% de sa clientèle : «Je reste moins, témoigne un de ses clients. Passée une certaine heure, j’en ai marre de ne pas pouvoir fumer, alors je m’en vais». «Je serai bien resté pour la deuxième tournée, explique un autre, mais fumer dehors, ce n’est pas très agréable».

Au Gambetta, un café situé dans la rue du même nom à l’angle du Capitole, le patron n’écoule plus que le quart de tout le café qu’il écoulait avant la mise en place de la loi. Le café et l’alcool consommés par ses habitués constituent son fonds de commerce. Résultat: son chiffre d’affaires a chuté de 75%.

Madame Bonnet, responsable du Tchin explique la baisse de la fréquentation par le fait que «les bistrots de quartiers vivent avec les retraités, les joueurs de belote et les apéros qui se prolongent. Cette clientèle est fumeuse à 75%», dit-elle.

C’est cette clientèle-là qui est partie en fumée.

La majorité de ces patrons refusent cependant de croire à la perte de leur commerce. Tous espèrent voir revenir rapidement leurs anciens clients.

LISA ETCHEBERRY

*Cette enquête a été réalisée du 15 janvier au 5 février 2007 auprès de 13 établissements toulousains.

http://www.libetoulouse.fr/2007/2008/02/la-loi-anti-tab.html

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