Jacques Prévert

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Jacques Prévert

Extraits de poesie “Paroles”, Jacques Prévert
Chanson

Quel jour sommes-nous
Nous sommes tous les jours
Mon amie
Nous sommes toute la vie
Mon amour
Nous nous aimons et nous vivons
Nous vivons et nous nous aimons
Et nous ne savons pas ce que c’est que la vie
Et nous ne savons pas ce que c’est que le jour
Et nous ne savons pas ce que c’est que l’amour.

Déjeuner du matin

Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuiller
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler
Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder
Il s’est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis
Son manteau de pluie
Parce qu’il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder
Et moi j’ai pris
Ma tête dans ma main
Et j’ai pleuré.

Musée imaginaire

Les influences de Jacques Prévert

Par Gilles Médioni, mis à jour le 23/10/2008 14:58:05 – publié le 22/10/2008 15:18

Collages, photos, manuscrits, lettres, scénarios… A Paris, une exposition à l’Hôtel de ville présente l’oeuvre du célèbre poète  à travers 540 pièces. L’occasion de lever le voile sur ses influences et ses sources d’inspiration.

Tout le monde connaît Jacques Prévert (1900-1977), les poèmes de Paroles, les chansons de Montand, Les Enfants du paradis… Maître des mots de la rue, l’ancien gamin de Paris, décrit comme « solitaire et solidaire », milita avec la bande des surréalistes et la troupe du groupe théâtral Octobre pour cette culture populaire dont il était issu et qui lui inspira scénarios, collages et collaborations avec peintres et photographes.

Un parcours éclectique mis en scène dans Jacques Prévert, Paris la belle par Eugénie Bachelot-Prévert, sa petite-fille, et N. T. Binh, les deux commissaires de l’exposition, et qui dessine l’oeuvre cohérente de celui qui affirmait : « Dans l’ensemble, je ne fous rien. »

Textes :
Les Visiteurs du soir ou l’archétype des contes de fées

Autodidacte, l’auteur de Paroles fait ses humanités dans la librairie d’Adrienne Monnier, où il se nourrit notamment des oeuvres de Lautréamont, de Baudelaire et de Hugo – il signa l’adaptation cinéma de Notre-Dame de Paris. « Le 7e art est au carrefour de tout ce qui constitue l’imaginaire de Prévert », analyse N. T. Binh.

Sa mère, qui lui lisait Perrault, Grimm et Andersen – il a adapté, entre autres récits, Le Roi et l’oiseau avec Paul Grimault – pointe en filigrane dans ses films. « Maman était comme les reines peintes sur les tableaux », soufflait Prévert. « Les archétypes des contes de fées structurent ses scénarios, poursuit Binh. Par exemple, deux jeunes gens s’aiment d’amour fou et se heurtent à l’incompréhension d’un monde angoissé. Ce sont des histoires où le méchant leur jette des sorts. Comme dans Les Visiteurs du soir. »

Musique :
Une chanson venue des bals popu

Ses chansons, ce sont celles de la « vraie fête », comme le répétait Prévert lui-même, celles des bals popu et du théâtre de Guignol. Si la vague de Saint-Germain-des-Prés menée par Gréco porta haut le verbe prévertien, La chanson de Prévert, comme dirait Gainsbourg, c’est d’abord des poèmes dont les titres invitent à la danse et à la composition – Chanson de l’oiseleur, La Complainte de Gilles… Elle se cache dans les collages ou les scénarios, comme ces Feuilles mortes aux 200 versions musicales différentes, qui trouvent leurs racines dans Remorques, de Jean Grémillon. Au détour d’une scène, Prévert y décrit « les pas des amants désunis ».

Prévert, c’est aussi le goût du swing. A Harlem, le jazz lui saute au coeur et lui inspire Les Cireurs de souliers de Broadway, chantés par Montand. Dans sa discothèque, Ella Fitzgerald côtoie Françoise Hardy, qu’il adore, et des compositeurs de la « grande musique », appellation qu’il déteste. Stravinsky se faufile dans Grand Bal du printemps. Le poète appelait d’ailleurs sa fille « mon oiseau de feu » – un conte russe mis en musique par Stravinsky.

Cinéma :
Un burlesque sous l’influence du muet

Né avec le cinéma, qu’il surnomme « la soupe lumineuse », Jacques Prévert découvre, gamin, dans la salle des Mille Colonnes, à Montparnasse, les slapsticks de Mack Sennett, Charlie Chaplin et Buster Keaton – qu’il imite parfaitement. Jeune marié, il organise son voyage de noces au Ciné-Opéra. On le croise figurant dans L’Age d’or, de Luis Buñuel, l’un de ses réalisateurs fétiches. Ce goût du burlesque et du coq-à-l’âne rebondit dans les scénarios de L’affaire est dans le sac (1932) et de Drôle de drame (1937). « Fantômas [1913], de Louis Feuillade, reste son film de chevet, assure Eugénie Bachelot-Prévert. Le “ciné-feuilleton” de Feuillade avait été remis au goût du jour par le mouvement surréaliste, qui militait pour l’art populaire contre l’art d’avant-garde. » Fantômas lui avait appris, assurait-il, « la troublante éloquence du rêve, l’espéranto du silence ».

Photographie :
La naissance du réalisme poétique

A la façon de Baudelaire écrivant ses critiques d’art en quatrains, Prévert raconte en vers le Paris de son enfance photographié par ses amis. Il arpente Montparnasse et Montmartre avec Doisneau. Et la Villette avec Brassaï.

Brassaï s’était improvisé photographe en 1930, pour capter « la beauté des rues, des jardins, dans la nuit et le brouillard, pour saisir la nuit de Paris ». Son livre de photos Paris de nuit (1932) trouve sa correspondance cinématographique dans Le Quai des Brumes (1938), écrit par Prévert. C’est le fameux réalisme poétique. En 1946, lorsque paraît Paroles, Prévert, qui en assure la mise en page, choisit une photo de Brassaï pour illustrer la couverture.

Collages :
Le surréalisme appliqué à la lettre

Miro le fait rêver : « Il y a un miroir dans son nom », confiait-il. Le « rouge si rouge » de Van Gogh le bouleverse. Et si Prévert conçoit des livres avec Ernst, Chagall ou Braque, c’est avec Picasso qu’il est ami à la vie à la mort. Picasso lui répétait : « Tu ne sais pas dessiner, tu ne sais pas peindre, mais tu es peintre. » Tous les deux, rejoints par le photographe André Villers, imaginent le livre de collages Diurnes (1954) – « Diurnes parce qu’il y en a marre des nocturnes. »

Prévert exerce d’abord en amateur ces collages qu’il pratiquait déjà avec les mots du temps des surréalistes, lui qui a inventé le terme de « cadavre exquis ». « Dans un tiroir, il conservait images, coupures de journaux, bouts de phrases et photos qu’il découpait, rappelle Eugénie Bachelot-Prévert. C’étaient de vraies collisions poétiques. » l

Jacques Prévert, Paris la belle.
Hôtel de Ville, Paris (IVe).
Du 24 octobre au 31 janvier 2009.

Catalogue de l’exposition, par Eugénie Bachelot-Prévert et N. T. Binh (Flammarion). Et sa version jeunesse par Carol Aurouet (Flammarion).

Réédition de Grand bal du printemps et de Charmes de Londres, par Jacques Prévert et Izis (Cherche Midi).

Rétrospective Prévert, cinéma le Champo, Paris (Ve). A partir du 23 octobre.

www.lexpress.fr

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