Portrait: Claude Berri, dernier “nabab” du cinéma français

Surnommé “le dernier nabab” ou “le parrain” du cinéma français, Claude Berri est mort lundi 12 janvier à l’âge de 74 ans. Il était une figure majeure du septième art, comme réalisateur et plus encore comme puissant producteur. Claude Berri était également un passionné d’art contemporain et grand collectionneur de tableaux et de photographies.

Cet autodidacte, né Claude Langmann le 1er juillet 1934 dans le 10ème arrondissement de Paris, était le fils d’un fourreur et d’une ouvrière.
Il exerce brièvement le métier de son père, se spécialisant dans les queues de vison… mais suit en parallèle des cours de théâtre et devient comédien.
Le succès se faisant attendre, l’acteur endosse le costume de réalisateur et fait mouche dès sa première oeuvre. “Le Poulet”, réalisé en 1962, remporte l’Oscar du meilleur court métrage en 1965.
Son premier long-métrage -et l’un de ses plus beaux films-, “Le vieil homme et l’enfant” (1967), est d’inspiration autobiographique. Sur le plateau, le jeune réalisateur essuie les foudres de son acteur principal, Michel Simon, qui lui explique que “l’on ne dirige pas Michel Simon!”.
Toujours dans la veine autobiographique, il réalise “Mazel Tov”, “Le pistonné”, “Le cinéma de papa”, “Sex Shop”…, chroniques souvent nimbées d’une tendresse mélancolique. Grand succès public et critique, le sombre “Tchao Pantin” vaut à Coluche le César du meilleur acteur en 1984.
“Comme tout le monde, je remercie Claude Berri !” lancera l’humoriste en recevant son prix.
Suivent plusieurs fresques d’inspiration historique ou littéraire, qui drainent un large public: “Jean de Florette” et “Manon des sources”, “Germinal”, “Uranus”, “Lucie Aubrac”…, avec des vedettes comme Gérard Depardieu, Emmanuelle Béart, Miou-Miou ou Daniel Auteuil.
“Difficile sur un tournage” car souvent “angoissé” jugeait l’actrice Carole Bouquet, Berri était “un homme triste capable d’être joyeux”, selon l’Espagnol Pedro Almodovar, dont il a produit les premiers films.
Incontournable, ombrageux, le plus puissant des producteurs français a alterné films populaires et oeuvres plus exigeantes: “Tess” de Polanski, “L’enfance nue” de Pialat, “La Reine Margot” de Chéreau, “La petite voleuse” de Miller, “L’ours” et “L’amant” d’Annaud, ou les deux premiers “Astérix”.
Récemment il avait produit “La graine et le mulet” du Franco-tunisien Abdellatif Kechiche, récompensé du César du meilleur film en 2008 et “Bienvenue chez les Ch’tis” de Dany Boon, le plus grand succès au box-office français avec 20,4 millions de spectateurs.
Taciturne, il a promené son visage de clown triste dans des films tels que “L’Homme blessé” (1983) ou “Stan the Flasher” (1990) de Serge Gainsbourg.
En 2003, dans un livre autobiographique, “Autoportrait”, il revenait sur les drames qui ont émaillé sa vie : le suicide de sa première épouse en 1997, la défenestration en 1998 de l’un de ses fils, le comédien Julien Rassam, devenu tétraplégique puis décédé en 2002, et deux graves dépressions. “C’est la souffrance qui m’a permis de l’écrire et de le terminer”, déclarait-il.
En 2006, sur le tournage d'”Ensemble, c’est tout”, tiré du roman d’Anna Gavalda, un accident vasculaire cérébral le laisse diminué. Le réalisateur François Dupeyron l’avait assisté sur le plateau.
Collectionneur depuis les années 70, passionné d’art contemporain, de design et de photographie, avec une prédilection pour le peintre américain Robert Ryman, il avait ouvert en mars dans le Marais à Paris, l’Espace Claude Berri.
“Je ne sais plus ce que je peux apprendre dans le cinéma mais dans la peinture, j’en apprends tous les jours”, disait-il en 2003.
Compagnon de l’écrivain Nathalie Rheims, il était le père de trois fils nés de deux unions précédentes, dont Thomas Langmann, producteur d'”Astérix aux Jeux olympiques”.

Source: NOUVELOBS.COM | 12.01.2009

 

 

 

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