Les adieux de Cristina Hoyos

Avant de quitter la scène, la grande danseuse de flamenco chorégraphie un spectacle dédié à Lorca. Avec sa compagnie, elle est pendant un mois aux Folies Bergère.

Pas de lifting, pas de régime, rien. Juste cinquante ans de scène et autant de flamenco. Cristina Hoyos n’est plus la créature aux sourcils graves qui ensorcelait Antonio Gadès dans Noces de sang ou Carmen. Elle s’est arrondie et se considère en matrone avec une ironie radieuse. La danseuse n’a plus rien à prouver. Sa silhouette en robe à pois s’affiche dans tous les musées et les livres sur le flamenco. Volants qui froufroutent, bras et mains qui s’envolent comme un lâcher de colombes. «Cette fois, j’arrête. Je danserai jusqu’à ma mort, mais à ma guise. Je ne veux pas avoir la responsabilité d’une grande tournée avec ma compagnie et être sur scène chaque soir. J’ai commencé la scène à 12 ans, j’en ai 62. J’ai trop dansé sur des parquets qui, à cause de leur peinture à l’huile, glissent comme une patinoire. Les genoux et les pieds ont fatigué : ce sont les instruments de percussion du flamenco. Les cervicales aussi flanchent », dit-elle.

Dans Romancero Gitano qu’elle présente à Paris, elle ne danse que cinq minutes. Mais dès qu’elle s’élance, on sait qu’on a sous les yeux une danseuse d’anthologie. «Mes modèles ? Pas Carmen Amaya qui dansait en pantalons, plutôt la Argentina et la Argentinita. On dit de moi dans le métier que je suis une danseuse sévillane, très féminine, avec beaucoup de sentiments que ma technique ne cache jamais . On me distingue aussi parce que je suis une danseuse qui invente de nouveaux mouvements , sans cesse, c’est ce qui me fait avancer. » Gadès, déjà admiratif, lui laissait chorégraphier ses parties à elle.

«Gadès a été mon détonateur, ajoute-t-elle : avec lui, il fallait aller de l’avant, ne jamais s’arrêter. Mais l’homme auquel je dois tout, c’est mon père. Les religieuses chez qui j’étais au collège m’ont renvoyée quand j’ai avoué vouloir devenir danseuse. Alors mon père m’a dit : tu veux danser, eh bien, tu danseras même si tu n’es pas la plus belle. Il croyait en moi : il n’y a pas un jour de ma vie où je ne me souvienne de lui.»

Transmission de savoir

À force d’inventer pour elle, Cristina Hoyos s’est mise à chorégraphier des pièces qui lui ressemblent, théâtrales, volubiles et féminines en diable. Pour le patin à glace, pour la Carmen bouffa de Jérôme Savary, pour des Noces de Figaro données avec des castagnettes à Bilbao, pour des danseurs choisis. Elle les compose aujourd’hui pour le ballet national d’Andalousie qu’elle dirige depuis 2004 : sept femmes, sept hommes, six musiciens et chanteurs. « Nous sommes la compagnie de flamenco d’Andalousie, ça nous oblige à placer la barre très haut. » Le flamenco lui a soufflé Lorca : les gitans ont dans les veines ses Romances de fureur et de folie écrites dans une veine populaire et savante. Quand elle ne dansera plus, Cristina dit qu’elle transmettra son savoir à ses danseuses. Mais elle n’y croit qu’à moitié : «  Tout le monde peut avoir la technique mais ce qui fait un bon danseur de flamenco, c’est le sentiment. Et ça, il faut naître avec.»

Source: Le Figaro

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