Comment me faire coacher à la télé ?

Perdre du poids avec « J’ai décidé de maigrir » ou s’accepter avec « Belle toute nue », apprendre à cuisiner avec « Top Chef », trouver l’amour grâce au « Bachelor », se marier sous l’oeil de « Un mariage presque parfait », avoir des enfants, les envoyer chez « Pascal le grand frère » ou les « Parents les plus stricts du monde » (les successeurs de Super Nanny) tester son couple grâce à « l’Ile de la tentation », redécorer son logement dans « D&co » ou « Question maison » inviter des amis dans « Un diner presque parfait », se séparer, faire de nouvelles rencontres dans « Maman cherche l’amour », ranger son nid avec « C’est du propre », vendre la maison qu’on avait si bien redécorée dans « Maison à vendre » puis déménager avec « Recherche appartement ou maison »…

Depuis presque une dizaine d’années pour les plus anciennes, et à peine un mois pour les plus récentes, toutes les grandes étapes d’une vie peuvent être gérées sous les caméras. Et si les émissions de coaching, à mi chemin entre la télé réalité et le documentaire pédagogique fleurissent à ce point, c’est que le public en est friand. Les Français aiment les regarder et… y participer.

S’octroyer les services d’un coach de vie est, en effet, peu fréquent dans la vie courante. Cette profession en développement, non règlementée, propose une palette de tarif allant de 15 à 500 Euros de l’heure selon la notoriété et la spécialité du coach en question. Alors quand une émission propose de prendre en main les aspects de votre vie qui laissent à désirer gratuitement, nombreux sont les aspirants-coachés.

Armand et Marie, 41 et 35 ans, participeraient bien à « D&co » pour des raisons financières. « Nous n’avons pas de budget pour tout redécorer. Une émission de télévision nous permettrait de changer nos meubles vieillots pour un ensemble plus design. » Mais, malgré deux dossiers déposés et de nombreux messages téléphoniques laissés sur le serveur vocal, ils n’ont jamais été rappelés. Car, avant de participer à une émission, il vous faut réussir une sorte de parcours du combattant. Trouver des participants pour remplir le rôle du quidam n’est pas chose aisée…

Sous couvert d’anonymat, une « bookeuse » qui a travaillé plus de 7 ans pour des émissions diffusées sur M6 et TF1 nous révèle quelques uns de ses trucs: « On cherche des « clients ». Des personnes qui auront une vraie personnalité, seront capables de faire des coups de gueule, de générer une émotion chez le téléspectateur, que ce soit de l’empathie dans le cadre de Madame tout le monde, ou de l’énervenement, de l’amour, de la haine ou de la colère. Tant qu’il y a une émotion, c’est gagné parce que le téléspectateur reste et qu’on parle de l’émission. »

Ainsi, les timides, les personnes calmes ou introverties ont-elles peu de chance de se voir sélectionnées. Une ancienne de la société de production de Jean-Luc Delarue confirme: « Lors des sélections, on pose plusieurs questions personnelles: si la personne crie, pleure, s’énerve, ou tout simplement a un sens de la répartie aiguisé, c’est banco pour nous. » En clair, prohiber les monosyllabes et alterner rires et larmes à la manière des bipolaires accroit vos chances d’être sélectionné.

Troquer votre salon certes classique, mais confortable, pour une pièce aux murs en fourrure et aux meubles en kit repeints en argenté et customisés par Valérie Damidot vous attire… sauf s’il faut payer ? « Les réalisations sont prises en charge par la production, dans la plupart des émissions » assure notre ancienne bookeuse. « Toutefois », précise-t-elle, « il arrive que pour les émissions de relooking, nous ne laissions pas les vêtements aux participants. Ils bénéficient par exemple d’une coupe, de conseils, mais doivent laisser les pièces sur place ».

Mais au-delà de l’aspect pécunier, le prix à payer peut parfois se révéler un peu trop lourd. Comme ce couple qui avait souhaité participer à Super Nanny: « la production a tout fait pour nous faire craquer: brimades, réflexions, ils cherchaient à nous faire pleurer. Quand ils ont eu ce qu’ils voulaient ils ont filmé nos larmes et les ont inséré dans leur montage, entièrement orienté et truqué. Leur journaliste nous a confirmé qu’il écrivait un scénario à l’avance et que les participants n’étaient finalement que des acteurs destinés à interpréter le rôle déjà écrit. » déplore ce couple qui a fini sur le fauteuil d’un pédopsy à 50 Euros la séance. L’après-diffusion est difficile à gérer et nombreux sont les participants à ces émissions de coaching qui se retournent contre la production pour obtenir un dédommagement financier.

D’après Virginie Deroubaix, auteure d’une étude sur la téléréalité à l’Université de Laval, à défaut d’être intéressants financièrement pour les participants (qui restent finalement des comédiens non rémunérés) ces formats sont surtout rentables pour les chaines et les maisons de production. Une programme de téléréalité couterait en moyenne 600 000 dollars à produire, soit la moitié de la somme nécessaire à la production d’une fiction. Un investissement rapidement rentabilisée puisque TF1 a par exemple engrangé 19,8 millions d’Euros en recettes publicitaires, sur les six émissions « Koh lanta le retour des héros » d’après Yacast. Mais le concept commence à s’essoufler. D&Co, dont la première émission fut diffusée en 2006, a enregistré une part de marché de 6% à peine lors de sa dernière émission: trop peu au goût de la chaîne.

TF1 qui criait au loup à l’époque de Loft Story sur M6, la première télé réalité du genre, a depuis bien rattrapé le filon et s’apprête à produire « L’amour est aveugle », une émission à mi-chemin entre le coaching et la télé réalité dans laquelle des couples se forment dans le huis clos d’une maison. Mais ne jetons pas la pierre aux chaînes de télévision: si les recettes sont aussi juteuses, c’est que des millions de personnes (vous, moi) sont présentes devant leur écran au moment de la diffusion. La télé réalité, tout le monde la condamne en public, mais chez soi, on ne peut pas s’en passer. Ainsi, Franck Leboeuf – participant à l’émission Koh Lanta, le choc des héros – déclarait-il récemment au journal gratuit Métro: « J’ai hâte que la télé réalité disparaisse! » Ironie ou autocritique ? Dans les deux cas, avec 50 000 Euros de cachet pour quelques semaines de jeu, il y aura au moins une personne chez qui téléréalité et pouvoir d’achat font bon ménage.

Marlène Schiappa

www.ecotidien.fr

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